9 janv. 2013

Main dans la main



Est ce parce que Mister Wood et moi, nous nous sommes déjà attrapés par la main avant de nous attrapés par la bouche ? Est-ce parce que comme Hélène, la directrice de l'Opéra de Paris, et Joachim, le miroitier de Commercy, Mister et moi avons 15 ans d'écart et pas vraiment le même parcours ... Toujours est-il que nous sommes sortis main dans la main et du même avis sur le charmant film de Valérie Donzelli.
En même temps charmant c'est très réducteur, car certes c'est une histoire d'amour et une comédie burlesque, mais ce film offre aussi des moments de poésie et de gravité comme les grands sensibles décalés savent en donner.

Il suffit d'un baiser pour que Joachim, venu prendre des dimensions des miroirs à l'Opéra (décor sublime !) et Hélène soient liés. Inséparables malgré eux. Fusionnels au sens propre du terme. Cette fusion emmerde leur entourage... L'amie-amante d'Hélène et la soeur-amante de Joachim. C'est qu'avec leur héritage familial, ils ne sont pas très libres d'aimer ces deux-là...

Un sort se donne et se défait comme une histoire d'amour. Et c'est en s'éloignant qu'ils vont comprende à quel point leur histoire, leurs histoires, les unissaient.

Dire que j'aime  Valérie Donzelli est peu dire. J'ai couru avec elle dans les couloirs des hôpitaux dans "La guerre est déclarée", j'ai crié quand elle criait, pleuré quand elle pleurait, ri quand elle riait.  J'aime ce bout de femme libre. Je crois qu'on a le même âge et dans ces films je retrouve des trucs de ma culture : la passion du cinéma en super 8, les chansons des eighties, des images comme les photos de Peter Lindberg ou de Goude qu'on découpait dans Glamour. Comme pour elle, Valérie Lemercier est une actrice culte, découverte dans Palace avec son humour complètement décalé. Je crois qu'il y avait ceux qui aimaient Lemercier et ceux qui aimaient Roumanoff ;-) J'aime les villes la nuit  et la campagne vue des trains. J'aime aussi les mecs en skate au bonnet rouge ;-)

J'aime bien ces cinéastes qui osent y aller. On s'en fout si ça fait cliché cette histoire d'amour décalé, on s'en fout si ça se peut pas, si dans la vie la directrice de l'Opéra ne se fout pas à poil devant le Ministre de la Culture et ne repart pas comme une Diva entourée dans un drap, si dans la vie un miroitier de la Meuse ne danse pas du Pina Bausch (ce qui est à mon sens une des plus belles scènes du film) , on s'en fout si la fin à New-York tombe comme "la reine des pommes"...

On s'en fout car ce film, si on laisse les préjugés derrière soi, nous prend par la main et nous emmène. Qu'est-ce-qui qui se passe quand on prend la main de quelqu'un pour la première fois ?
Cette main qui semble toujours avoir était là, à portée de la nôtre, à nous attendre.
Cette main qu'on ne lachera plus car elle nous emène au-delà de nous-même...

"Main dans la main" de Valérie Donzelli avec Benjamin Elkaïm (Joachim Fox) et Valérie Lemercier (Hélène Marchal)

En lien la chorégraphie de mains de Pina Bausch, sublime ....