23 mai 2012

De rouille et d'os




Je crois que j’ai encore dû dire « put#in » en sortant de la salle, ce qui montre bien l’étendu de mon vocabulaire et ce qui me place immédiatement au rang de jury à la Quinzaine des réalisateurs  ;-)

De rouille et d’os il est donc question. De cœurs rouillés, d’os cassés.

Ali est sans toit ni loi, il a son corps comme moteur et un fils de 5 ans qui lui tombe dessus. Il se réfugie chez sa sœur dans la lumière du Midi. Là-bas, cet être de peu de mot croise la belle Stéphanie, dresseuse d’orques au Marineland du coin. La dresseuse porte la jupe courte  et regarde Ali de haut…
C’est pourtant vers lui qu’elle se tournera privée de ses jambes à la suite d’un accident avec un orque. C’est lui qui la redressera.

De rouille et d’os il est donc question mais aussi de sel et de sang.

Le sel, celui des larmes de Stéphanie qui coulent lentement. Clouée sur son lit ou son fauteuil, elle perd le goût à la vie, le goût d’elle-même. C’est aussi ce sel qui la ramènera à la vie lors d’un sublime bain de mer, son premier depuis l’accident, dont elle sortira,rayonnante, portée sur le dos d’Ali, ses moignons bien visibles.

Le sang, sur les mains d’Ali qui boxent d’autres hommes lors de combats sauvages, le sang qui sort des bouches en filé. Le sang sous la peau de son fils envoyé au tapis par un père qui cogne car il ne sait pas dire, pas élever.

S’élever. C’est  l’axe du film. Comment on s’élève quand sa vie se résume aux coups reçus et rendus, à être « opé » ou « pas opé » (entendre opérationnel ou pas). Comment on élève un petit garçon, comment on lui donne un exemple. S’élever ou se relever quand la vie vous met à terre au sens figuré comme au sens propre pour Stéphanie.

Et puis il y a l’amour. L’amour qui au départ est un truc presque hygiénique entre une infirme qui ne sait plus si « ça fonctionne ou pas » et un type qui est une machine même au lit. Au fil du film, au fur et à mesure que chacun se relève, il sera question de délicatesse puis même d’amour. L’amour de soi, de son enfant, d’une femme et d’un homme mutilés puis reconstruits.

De rouille et d’os, de sel et de sang, de sens et d’amour… tout ça ne fait jamais trop porté par le regard d’Audiard qui filme les gens au plus près.  Un cinéma de myope qui n’aurait pas mis ses lunettes et qui s’approche pour mieux regarder, pour mieux comprendre. Il filme les peaux et les mains, le soleil en face et les camions dans la nuit. Il regarde comme on touche, comme quand le fils d’Ali caresse la prothèse de Stéphanie en lui demandant « si ça fait mal » .

Je suis ressortie du cinéma en disant « put#in » avec les yeux rouges car la vie filmée par Audiard c’est une caresse qui fait mal, qui vous bouscule. Je me suis dis que « De rouille et d’Os » était le pendant de « Regarde les hommes tombés », que pendant presque deux heures, on les avait vu tomber, puis  se relever à la faveur de ces quelques mots chuchotés du bout des lèvres : « Je t’aime ».

17 commentaires:

  1. J'en ai des frissons rien que de te lire ...
    Tu parles magnifiquement de ce film, j'espère pouvoir aller le voir (je suis une grande "ratuese" de films ;) !).
    Bob

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  2. Réponses
    1. Ah oui zut j'avais oublié ma mission belge ! Ton Matthias est un merveilleusement beau et bon acteur et comme il est promis à une grande carrière je vais t'acheter un petit cahier que tu puisses découper et coller tout ce qui le concerne ;-)
      Il sort quand en Belgique ce film ?

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  3. J'y vais samedi, j'ai tellement hâte !

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  4. Bon bon bon il m a gave l autre jour a la radio mais du coup je me dis que peut etre on ira

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  5. J'y pense souvent à ce film depuis jeudi dernier... Et je retiens aussi la dimension sociale du film. Qu'il est dur de s'élever socialement. Et puis ce Sud, loin des cartes postales, ces apparts cachés et ces zones commerciales...
    Il est hyper fort Audiard.

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  6. Il t'a inspiré ce film. Ton texte est top.

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  7. Le Prophète cette semaine ( ah oui j' ai un peu de retard ) , de rouille et d' os très vite alors !

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  8. Il me faut toujours des mouchoirs quand je vois un film de Jacques Audiard, celui- ci est prévu la semaine prochaine.

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  9. C'est au programme de ma fin de semaine...je prépare mon stock de larmes que j'ai déjà bien épuise en lisant " des vents contraires" d'olivier Adam....très beau texte en tout cas.

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  10. P###, tu pourrais faire critique de film, toi, à défaut de faire membre du jury ou starlette... :-))

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  11. comme marie, j'ai vu le prophète dimanche soir,
    un cinéma hypnotique, je trouve
    alors, forcément ça me tente !
    même si la pression des enfants pour le dernier burton relèguera à plus tard....

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  12. tu en parles tres bien !! perso , je trouve que ton comm' est meilleur que le film ! j'ai été un peu déçue; le tapage est tel autour de ce film que je m'attendais à trouver qqch aussi fort que le prophète.
    j'ai trouvé le jeu des acteurs excellent. pas une fausse note. ils sont parfaits à un point .... même cotillard joue juste, c'est dire. ... pour le reste, j'ai adoré la lenteur du film , la façon de filmer, mais j'ai regretté une fin un peu trop "happy end " et bâclée et surtout, mais là c'est du ressenti personnel, je n'ai jamais adhéré à leur histoire d'amour. le belge en question est en effet excellentissime , tout comme la comédienne qui joue sa soeur

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  13. C'est dommage que je puisse absolument pas supporter marion cotillard !parce que j'adore j. audiard et ton billet me donne envie ... mais c'est vraiment au dessus de mes forces ... je n'ai jamais réussi à voir un film où elle apparaît en entier ...

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  14. Faut pas oublier ses mouchoirs... donc !
    Je vais prévoir, parce que ce film, j'ai vraiment envie de le voir !

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  15. Tu en parles tellement bien! Je l'ai mis sur ma liste de favoris pour la palme, et ce que tu en dis me confirme mon intuition... J'espère qu'on le verra bientot ici!

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  16. Quelle claque je me suis prise hier soir ... Pfiouuuu quel film !
    Ce matin, j'en pleure encore.
    Tu en parles magnifiquement. Tu as trouvé les mots que j'aurais aimé trouver.

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Merci beaucoup à vous qui passez par là et qui prenez le temps de laisser un commentaire.