Je pourrais décrire
exactement ce qu’il y avait sur la table de la cuisine. Les pêches pelées, le
lait et la crème sortis, le bruit de la sorbetière. Il faisait très chaud et
j’ébouillantais des pêches à la peau douce et rose pour faire le célèbre dessert
de monsieur Escoffier. Tu jouais sur le coffre à bois avec tes marionnettes. Tu
te racontais une histoire avec les chèvres et le loup. Je te parlais des
amandes effilées qui viendraient décorer nos coupes de glace.
Une heure après, si
un visiteur était entré dans la maison, il aurait trouvé cette table en
désordre. Le lait et la crème abandonnés, la sorbetière arrêtée et les pêches à
moitié pelées dans un saladier.
Entre temps, il y a eu le
médecin, l’appel aux urgences, le doudou pris à la volée et l’arrivée dans
cette chaude nuit d’été dans une chambre d’hôpital. 4e étage, chambre
mèrenfant.
Dans la voiture à vive allure, j’espèrais que j'avais arrêté
le feu sous la casserole.
Tout est allé si vite.
Ces petites tâches rouge sur ton corps qui ne partaient pas depuis quelques
jours. Ces tous petits points qui m’inquiétaient. Purpura ça rime avec Melba,
ça nous a fait rire pendant ta prise de sang. Les médecins, eux, ne riaient
pas.
Tu dors maintenant.
Tu dors et je regarde tes
joues roses et douces comme des pêches. Tu dors et je pleure enfin. Les mots du
médecin au visage fermé tournent dans ma tête. C’est grave, rare et mortel. Les
trois Parques se sont invitées toutes seules au dessert, ces salopes.
Dors mon petit, cette
nuit, je convoquerais la mémoire des morts et des vivants, la force des mères
depuis la nuit des temps. J’irais, j’avancerais pas à pas et je sentirais
leurs bras me porter les jours de fatigue et de découragement.
Cette nuit de juillet, je
parle aux étoiles et à Dieu, je crie ma colère. Je crie et aucun son ne sort.
Maintenant je sais, je comprends, « le sol qui s’ouvre sous
vos pieds » ... Mais je ne tomberais pas mon ange, on restera à la surface coûte
que coûte, on apprendra l’art de la joie.
Dors mon petit, mon bébé
aux joues de pêches. Je connais non loin d’ici un village avec une
résurgence. Une rivière souterraine qui jaillit en gros bouillon. Tu
verras, la maladie on fera avec, elle sera là, souterraine, silencieuse,
mais n’empêchera pas la vie de jaillir. Il suffira de tendre l’oreille, d’écouter
d’où vient le bruit de l’eau vive.
Je t’écoute respirer,
comme quand tu étais un tout petit bébé. J’écoute ton souffle et j’entends des
notes de violoncelle au loin, les fenêtres de la chambre mèrenfant
ouvertes. Les notes m’enveloppent. Je t’apprendrais ça, le pouvoir de
l’Art pour vous transporter loin de la douleur et du froid, de la solitude et
les Parques.
Tu dors et j’embrasse
doucement tes joues. Je leur donne l’ordre d’être toujours chaudes et douces.
Cette nuit, j’ai basculé dans le pays des vieilles folles qui courent la lande
avec leurs cheveux au vent et qui écoutent siffler le vent. Celles qui,
pour tout remède, marmonnent des formules magiques et invoquent les esprits.
Mon remède sera la joie. Mon remède sera l’amour.
Edit : ça fait 3 ans que Marius vit avec un foie réparé. Le 20 janvier est dans notre famille le jour de la Gratitude.
Belle et douce journée de gratitude à vous quatre. Love, love, love.
RépondreSupprimerEmouvant... Des giga biga love lOve lOVE!!!!
RépondreSupprimerMurielle, tu es douée pour décrire toutes ces sensations, tous ces sentiments qui nous animent dans ces moments si difficiles. Eliott a eu de gros soucis de santé à la naissance, et quand j'y repense, ce sont des images étonnantes qui me restent (comme le jus d'abricot que j'ai bu avant d'aller le voir pour la première fois aux soins intensifs). Merci pour tous ces mots Murielle. Plein de bises.
RépondreSupprimerloués soient les foies en état de marche et les mères un peu folles cheveux au vent ! :-)
RépondreSupprimerc'est votre Thanksgiving à vous.
Belle journée! (Et quel texte magnifique!!!)
RépondreSupprimerQuelle plume Murielle ! Il y a des moments qui restent gravés dans leurs plus petits détails, un avant, un après... mais l'après est joyeux désormais pour vous !
RépondreSupprimerJe vous embrasse tous !
pfffffffff! c'est tellement fort!!!!!!!!!
RépondreSupprimervive la vie :-)
si émouvants tes mots...
RépondreSupprimerOuf!
RépondreSupprimerJe me demandais pourquoi tu me montrais des pêches hors saison....
Tu as bien fait de l'écrire, il faut que ça sorte...
le 20 janvier est décidément un jour pas comme les autres,
RépondreSupprimervoilà pourquoi j'aime janvier, contrairement à beaucoup
alors, nous sommes au moins deux ;-)
merveilleux 20 janvier...
RépondreSupprimertes mots me prennent aux tripes mu': on y sent tout l'amour maternel, sa force et sa puissance pour sauver l'enfant chéri.
RépondreSupprimerj'aime l'idée que le 20 janvier soit la fête de la gratitude en souvenir de ce jour heureux.
Que c'est beau...
RépondreSupprimerEt puis tu vois, maintenant c'est lui qui te dit de prendre soin de toi... ;-)
Quel beau texte de femme, de mère, de lo(u)ve!!!
RépondreSupprimerJ'aime le 20 Janvier pour les mêmes raisons que Dame BlaBla, et bien dans mon coeur de maman, je fêterai doublement cette journée.
RépondreSupprimerBises
Sofinet
pffff quelle force... ce texte est tres beau.
RépondreSupprimerUne de mes meilleures amies vient de m'annoncer que sa fille (5 ans) a un purpura... je ne savais même pas ce que c'était !
RépondreSupprimerDe grosses bises à vous !
Quelle souffle dans tes mots, ça remue mon coeur de mère et de vieille folle
RépondreSupprimerje dis merci avec toi
c'est beau,ça prend aux tripes, tendres pensées à vous et votre petit Marius !
RépondreSupprimerTon texte insuffle l'espoir. Merci.
RépondreSupprimerun texte émouvant pour un passé éprouvant... Joyeux 20 janvier. Bises à vous 4.
RépondreSupprimerquel texte, quel mot...je ne peux pas m'empecher de penser a Notre Suzette internationale...mais aussi quelle victoire !!! Je vous souhaite a toute la famille plein de bonheurs !!!
RépondreSupprimerdes mots bouleversants....
RépondreSupprimerQuelle force! je suis sans voix... et je vote pour le jour de la Gratitude!
RépondreSupprimerA mes yeux ton plus beau billet :-)
RépondreSupprimerMerci de nous raconter.
Et un énoooorme baiser à Marius (sur ses joues de pêche)!
Quel magnifique texte ! Quelle force !
RépondreSupprimerVive la vie !!!
RépondreSupprimertrès touchant...
il est vraiment très beau ce texte Murielle.
RépondreSupprimerTon texte est magnifique et je suis très émue, alors merci car il m'a donné l'image parfaite de l'espoir
RépondreSupprimerOhhhhhh tes mots...
RépondreSupprimerNos combats
Nos enfants
Nos heros
Nos amours....
for ever
Emma from SF
Ce texte raisonne dans le coeur de toutes les mères du monde. Belle journée!
RépondreSupprimerJe suis envahie par l'émotion, votre texte est magnifique.
RépondreSupprimerExcellent 20 janvier, jour d'une re-naissance.
jacqueline
je reviens, je suis d'accord avec agathe, un de tes plus beaux textes...
RépondreSupprimerJ'en ai le souffle coupe! Quel récit! quelle victoire! Formidable vieille folle va!
RépondreSupprimerC'est la première fois (je pense) depuis que je suis ce blog de plus en plus régulièrement que je laisse un commentaire... Tout simplement parce que j'ai aimé lire ce récit et qu'il m'a émue ! :)
RépondreSupprimerOui tu as raison de l'amour et de l'énergie, des projets et de la confiance. Ton texte est très très beau.
RépondreSupprimerquels mots Murielle, quelle force... <3
RépondreSupprimerJ'ai pas de mots ...
RépondreSupprimersimplement des larmes au coin des yeux ...
fabuleux texte, fabuleux mots, pour une fabuleuse mère
RépondreSupprimer