6 janv. 2009

Silence

Il y avait eu cette fausse excuse : "Papy avait mal aux jambes". Trop mal pour marcher de la Gare de Lyon au taxi, puis du taxi à la chambre. Je le savais. Je savais qu'il trouverait n'importe quelle excuse mais qu'en réalité il n'y en avait aucune pour expliquer son absence. Ce matin quand Marius m'a confié son projet de lui écrire une lettre pour lui expliquer qu'il comprenait, que cela devait être difficile pour lui d'avoir des jambes fatiguées, lui dire qu'il lui pardonnait de ne pas pouvoir venir le voir dans quelques jours à l'hôpital. Mes mains se sont crispées sur le volant, ma gorge s'est serrée. J'ai répondu que "Même si Papy avait eu des jambes d'acier, il ne serait pas venu." La vérité. Toute crue. Trop crue ? Les questions et les réponses se sont enchaînées. Marius m'a dit qu'il n'écrirait pas, qu'il lui faisait le coup à chaque fois. "Tu te souviens quand il n'a pas voulu qu'on répare son vélo tous les deux ?" Oui je me souviens. Par son silence, par son absence, ce grand-père creuse autour de lui un vide immense.